L’officine demeure le principal mode d’exercice de la profession pharmaceutique en France. Au 1er janvier 2025, l’Ordre national des pharmaciens recensait 75 080 pharmaciens inscrits, un niveau jamais atteint au cours des dix dernières années. Parmi eux, près des trois quarts exercent en officine avec 32,3 % de titulaires et 39,6 % d’adjoints.

Le Panorama démographique 2024 publié par l’Ordre permet de dresser un portrait précis de ces deux populations qui constituent le cœur du réseau officinal français. Effectifs, âge, féminisation, modalités d’exercice, parcours professionnels : les données révèlent une profession en évolution, marquée à la fois par un renouvellement générationnel progressif et par une diversification des trajectoires de carrière.

 

Les titulaires d’officine : chiffre clés et tendances globales

> Une population en diminution depuis dix ans

En 2024, la section A compte 24 270 pharmaciens titulaires d’officine. Ils représentent près d’un tiers des pharmaciens inscrits à l’Ordre. Leur nombre poursuit une tendance à la baisse observée depuis plusieurs années : les effectifs ont diminué de 11,4 % depuis 2014, tandis que le nombre d’officines est passé à 19 627 établissements, soit une baisse de 9,9 % sur dix ans.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte de restructuration progressive du réseau officinal, marqué notamment par les regroupements et les fusions de pharmacies. Malgré cela, l’organisation moyenne des officines demeure stable. En France, une pharmacie compte en moyenne 2,7 pharmaciens titulaires et adjoints, tandis que le nombre moyen de titulaires par officine reste fixé à 1,2, un indicateur inchangé depuis quatorze ans.

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> Une féminisation désormais bien installée

Comme l’ensemble de la profession pharmaceutique, les titulaires d’officine sont aujourd’hui majoritairement des femmes. En 2024, celles-ci représentent 56,1 % des inscrits en section A, contre 43,9 % d’hommes. Cette féminisation constitue l’une des évolutions structurelles majeures de la profession observées depuis plusieurs décennies. Elle concerne désormais toutes les catégories d’âge et tous les modes d’exercice.

> Une population qui se rajeunit progressivement

Contrairement à certaines idées reçues, la population des titulaires n’est pas engagée dans un vieillissement continu. L’âge moyen des pharmaciens titulaires s’établit à 49,1 ans en 2024, contre 50,2 ans en 2014. En dix ans, l’âge moyen a ainsi diminué de plus d’un an. Plus de la moitié des titulaires ont aujourd’hui moins de 50 ans. Ils sont 12 762, soit 52,6 % des effectifs de la section A.

L’évolution de la pyramide des âges confirme cette tendance. Les pharmaciens de moins de 40 ans représentent désormais 23,1 % des titulaires, contre 18,9 % en 2014. Dans le même temps, la part des titulaires âgés de 60 ans ou plus est passée de 16,8 % à 20,3 %. C’est donc la tranche des 50-60 ans qui a baissé.

Le Panorama met également en évidence un changement significatif dans la structure de la population officinale. Alors qu’en 2014 et en 2019 la tranche d’âge des 55-59 ans était la plus représentée parmi les titulaires, ce sont désormais les 45-49 ans qui constituent le groupe le plus important. Cette évolution témoigne d’un renouvellement progressif de la population des titulaires d’officine.

> L’allongement des carrières reste une réalité

Si les titulaires sont globalement plus jeunes qu’il y a dix ans, l’étude souligne également la présence croissante de pharmaciens poursuivant leur activité au-delà de l’âge traditionnel de départ à la retraite. En 2024, 1 550 titulaires ont 66 ans ou plus, soit 6,4 % des effectifs de la section A. Ce nombre a augmenté de 555 pharmaciens depuis 2014.

Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large observé au sein de l’ensemble de la profession. L’Ordre recense ainsi 4 502 pharmaciens âgés de 66 ans ou plus, toutes sections confondues.

 

Les adjoints : la première population de pharmaciens en France

Avec 29 906 inscrits, la section D constitue la plus importante section de l’Ordre national des pharmaciens. Les adjoints représentent à eux seuls 39,6 % de l’ensemble des pharmaciens inscrits.

Cette section regroupe principalement les pharmaciens adjoints d’officine, mais également certains autres modes d’exercice. Une faible proportion des inscrits cumule plusieurs activités : 246 doubles inscriptions ont été recensées en 2024, soit 0,8 % des effectifs de la section D. Parmi ces pharmaciens, plus de la moitié disposent également d’une inscription en section H, correspondant aux établissements de santé ou médico-sociaux.

> Chez les adjoint en officine, le temps plein devient la norme

Les modalités d’exercice des adjoints ont évolué au cours de la dernière décennie. En 2024, 19 697 pharmaciens adjoints exercent à temps plein, contre 9 946 à temps partiel. Ainsi, 66 % des inscrits en section D travaillent à temps plein, tandis que 34 % exercent à temps partiel.

Cette répartition a sensiblement évolué depuis 2014. À cette date, le temps partiel concernait encore 41 % des adjoints. Sa part a donc diminué de sept points en dix ans. Des différences importantes subsistent toutefois entre les hommes et les femmes. Le temps partiel concerne 36 % des femmes, contre 24 % des hommes. Parmi les pharmaciens travaillant à temps partiel, plus des deux tiers exercent entre 18 et 34 heures par semaine.

> Une population expérimentée mais renouvelée

L’ancienneté des adjoints en officine met en évidence une profession à la fois expérimentée et renouvelée. Parmi les pharmaciens adjoints n’ayant pas changé de section en 2024, 40,7 % exercent depuis moins de dix ans en officine, soit 11 164 professionnels. À l’inverse, 18,7 % exercent depuis plus de trente ans, dont 3,3 % depuis plus de quarante ans.

Cette répartition illustre l’existence simultanée de nouvelles générations entrant dans la profession et de pharmaciens disposant d’une longue expérience officinale.

> L’essor de l’intérim en officine

L’un des phénomènes marquants observés par le Panorama concerne la progression continue du nombre de pharmaciens intérimaires. En 2024, l’Ordre recense 4 018 pharmaciens intérimaires, contre 2 700 en 2020, soit une augmentation de 48,8 % en quatre ans.

Après le recul observé pendant la crise sanitaire, les effectifs ont progressé de 5,4 % en 2022, de 15,7 % en 2023 puis encore de 11,9 % en 2024. La population des intérimaires est relativement diversifiée : 29 % ont moins de 36 ans, 30 % ont entre 36 et 55 ans, tandis que 41 % ont 56 ans ou plus.

> Quelle est l’origine des diplômes européens ?

Alors que les diplômes étrangers hors EEE en section D ont globalement diminué entre 2014 et 2024 (-38%), les diplômes étrangers européens sont passés de 375 diplômes en 2014 à 1.053 en 2024 (x2,8). La plus forte augmentation a été conduite par les diplômes roumains (x8,6), atteignant les 301 en 2024.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La titularisation reste une voie privilégiée

Les mouvements observés entre les sections A et D illustrent les évolutions des parcours professionnels en officine. En 2024, 945 pharmaciens inscrits en section D sont devenus titulaires d’officine, soit 87,2 % des changements observés.

Plus largement, l’Ordre souligne que 20 464 pharmaciens sont passés de la section D à la section A entre 2014 et 2024, contre 16 610 entre 1994 et 2014. L’accès à la titularisation a ainsi progressé de 23,2 %.

Le mouvement inverse existe néanmoins. Sur la même période, 4 117 pharmaciens titulaires ont rejoint la section D, contre 2 904 auparavant, soit une hausse de 41,8 %. Selon l’Ordre, cette évolution est en partie liée à la progression des regroupements et des fusions d’officines.

Au final, le portrait dressé par le Panorama démographique 2024 est celui d’une profession officinale en mutation progressive. Les titulaires sont moins nombreux mais plus jeunes qu’il y a dix ans, les adjoints constituent plus que jamais la première population de pharmaciens en France, et les parcours professionnels se diversifient. Ces évolutions contribuent à redessiner le visage de l’officine française, tout en confirmant le rôle central qu’elle continue d’occuper dans l’exercice pharmaceutique.

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